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22/12/2004
V, (brouillon)
- J'ai terminé "La rabouilleuse", vers six heures, l'autre matin . Le soir-même, j'ai commencé un Duras, "Le marin de Gibraltar", un de ses plus mauvais, elle y parle d'une femme, et l'a qualifie "d'optimiste", ce n'est pas un compliment, plutôt une tare, le livre je l'arrête, mais j'ai compris en voyant le Desplechin, ce qu'elle voulait dire, on ne peut pas, tout au moins je ne peux pas lui enlever ça, à Desplechin, de m'avoir éclairé sur le livre, parfois un mauvais film éclaire des choses, par exemple quand Daney disait, je crois que c'était Daney qui disait cela, que certains films ne renforcent que le scénario, ou ne sont que de la publicité pour le scénario, c'était quelque chose que tout en comprenant assez bien, je n'avais jamais réellement expérimenté, je voyais bien que la majorité des films n'étaient que du scénario, que toujours la mise en scène était insignifiante, mais dans les pires des films, c'est-à-dire dans le cinéma Français, restait toujours un petit élan, une certaine confiance, il n'y y avait peut-être pas cinéma, mais il n'y avait pas haine du cinéma, ( à part peut-être chez Jacquot). Le film de Desplechin non seulement correspond en tout point à la définition de Daney, non seulement est absolument redondant, mais est une négation de la mise en scène au profit du scénario, une négation du cinéma au profit de sa préférence théâtrale, (pour Desplechin, le monde, le cinéma n'est plus assez digne d'intérêt, seul compte maintenant pour lui le "spectacle vivant"), l'image n'est là que pour montrer ce dont causait le scénario, (pour prouver la véracité de la phrase dite, (chez Desplechin ce n'est pas le souvenir qui est convoqué, mais la "vérité")), l'image chez Desplechin n'existe que parce qu'il n'a, ni confiance en son propre scénario, ni en son spectateur, il ne laisse aucun choix, ne subsiste aucune alternative à ce qui est énoncé, contrairement à Ruiz, chez qui l'apparent renforcement de l'image, c'est-à-dire sa monstration par rapport à l'énnoncé scénaristique, n'est justement qu'une alternative, ou une possibilité, au minimum un point de vue, Desplechin court tellement vite après la modernité qu'il n'en a toujours aucune idée, (et n'est plus très loin de Fabius et de sa moto louée), le comble de la modernité se situant, selon-lui, entre-autre, dans la vulgarité, (alors qu'il demande juste à ses acteurs de crier des insanités, enfin ce qu'il croit être des insanités), même pas de les hurler, Desplechin veut faire peuple, punk, rebelle, il voudrait dissoner, il ne postillonne même pas (au moins Kechiche, cet oncle Tom, comprenait qu'être punk cinématographiquement était de mettre du Molière dans la bouche du peuple, et pas du bordel merde ta gueule tu fais chier), notons que seul Godard est capable d'être vulgaire convenablement, (Desplechin demande à ses personnages de "choquer" la salle, Godard de choquer la langue, (et s'en fout du public, puisque d'une certaine façon, le respectant trop)). Desplechin n'aime plus le cinéma, (s'il l'a réellement aimé un jour) il aime Luc Bondy, et aimant Luc Bondy, essaye d'en capter la "modernité", c'est-à-dire, il crie et s'agite, il n' y a pas, plus, mise-en-scène, il y a captation, captation de ce qu'il pense être une certaine modernité, c'est-à-dire des cris et de l'agitation, (captation d'un scénario, même pas d'une histoire (une histoire demandant de l'humilité), vous remarquerez, si vous lisez un peu parfois, que jamais, jamais, Desplechin n'a parlé un jour de mise en scène, jamais), Despleschin ne reconnaît, dénie toute qualité à ce qui est le cinéma, sa matière même, c'est-à-dire la mise en scène, seule compte pour lui, (copyrat revue "Balthazar"), la justesse et du scénario et de l'interprétation, jamais il n'y a interrogation, ou mise en question du scénario par la mise en scène, jamais le monde n'est interrogé, jamais le monde n'est interrogé en tant que tel, (ni d'ailleurs en tant que décor), le monde, chez Desplechin n'est présent que comme signe scénaristique, il n'est jamais mis en question ou regardé par la mise en scène, n'existe que la mise en image du propos de l'auteur (auteur /hauteur dirait skorecki), la captation du scénario, pour ce film la captation de ce qu'il pense être la modernité, une hystérie théâtrale qui n'a jamais été moderne, mais télévisuelle, (c'est-à-dire le regard du spectateur moyen), pour Ruiz, la mise en image presque systématique de ce qui est annoncé est la mise en question systématique de ce qui est annoncé, la mise à la question, (copyrat "Grégoire IX"), dans "Rois et reines" l'intervalle ou l'ellipse n'existe pas, tout est dit, jusqu'à l'écoeurement, (puisqu'il s'agit bien de sa part de phobie), se demander d'ailleurs,ce qu'est la réelle signification du geste de Catherine Deneuve lorsqu'arrive Emmanuelle Devos à la clinique (et qu'elle lui prend la main), ou quel sens définitif lui donner, (à mon sens de ne laisser aucune chance au spectateur, de l'humilier complètement, c'est-à-dire de le prendre aussi par la main), au fond c'est un film paniqué, et par le cinéma, et par le monde, et c'est un film qui nous vomit [paresseusement] cette panique,
- Note: Je me rends compte, en pensant à un autre film, que je ne peux qualifier aucun mouvement d'appareil comme mouvement de caméra,
- Question: Si la charge de la preuve est dans l'image, n'est-ce pas lui accorder alors cette importance ? Mais la fonction de l'image doit-elle être celle-ci? C'est-à-dire, l'image doit-elle être à charge ou rendre des comptes, (ou apporter la preuve), doit-elle être une sorte d'image judiciaire? D'essence judiciaire?
- Note: Au fond, Desplechin est essentiellement un scénariste, seul un amour-propre démesuré lui fait aller plus loin que le découpage technique, (il est aimé pour ça aussi, car tout ainsi, est compréhensible)...
- Tout n'est que performance dans le film, tout est monétisé,
- Dans "Rois et reines", dans le souvenir que j'en ai, aucun hors-champs ni de profondeur de champs, (tout au moins pas de travail ou de réflexion par rapport à cela), rien n'existe, (le monde), hors ce qui nous en est montré, un cinéma de studio, naturaliste et de studio,
- (Ce n'est pas Desplechin que l'on croise à la cinémathèque, mais Cristophe Gans).
- Alternative: Ce n'était peut-être pas du cinéma, mais cela s'en réclamait.
- "Rois et reines", d'Arnaud Desplechin.
décembre 22, 2004 in Spectre 01 | Permalink