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24/03/2005
V, (brouillon)
- Je suis horriblement snob, doublé par moment d'un esprit de contradiction, ainsi, par pur snobisme je ne suis point allé voir "Be cool" hier, je me disais, ah non, tout le monde attend que je m'y précipite, je ne suis pas allé voir "Million dollar baby", trop commun pour la première semaine, ni hélas hélas revoir "Bye Bye Tiger", trop groupie pour les premiers jours, un moment je me suis dit, et si je retournais voir "Capitaine Sky", ce film définitif ? Hum, les horaires ne me plaisaient pas, ( je sortais du vétérinaire), il y avait bien ce film "Tout pour plaire", avec les trois connasses, j'avais la mémoire courte, mais tout de même, (on ne m'y reprendrait plus), il y avait aussi les deux moyens métrages, mais je suis comme Rohmer, je déteste le quartier, trop populo, il y avait le Romain Duris, mais je me le réservais, je voulais être snob jusqu'au bout, "Suspect zéro" correspondait en tous points, horaire idéal, peu de publicité, appelé à vite disparaître, 1 h 35, Américain. J'avais donc choisi ce film pluvieux, tout de suite on savait que le réalisateur voulait nous avoir à l'usure, nous donner le tournis, je savais que c'était un navet, même qu'il était particulièrement épuisant, mais je me disais, on aime le cinéma Américain aussi parce que, bon ou mauvais, il nous fait penser à des tas d'autres choses, ( le cinéma français, non, bon ou mauvais, il ne nous fait penser à rien, (à part "Bye Bye Tiger" dernièrement)). Donc je savais que c'était un navet, restait à ce que le film le prouve, il y avait alors cet air bête qu'avait subitement le flic lorsqu'il revoyait sa collègue, son expression presque d'un demeuré à l'acteur lui-même, grandiosement demeuré, presque métaphysique, nous entrions alors dans la série b d'antan, dans le cinéma tout court, ( puisque un navet Américain est d'abord du cinéma dans toute sa pureté), ( puisqu'une série b ( entre autre) est d'abord dans les pas de ceux qui l'ont précédés). Finalement, son air stupide, à l'américain, on s' y attachait, il y avait comme une sorte d'innocence dans cette stupidité, quelque chose de spirituel, je n'ose pas dire Dostoïevskien. plutôt il y avait comme une absence, ( un manque d'être), le sujet du film était justement cela, cette recherche de lui-même. Cette enquêtte, ce travail patient était comme un geste même, une oeuvre d'art, un geste en lui-même, pour rien, pour lui-même et par nécessité. Lorsque le film se perdait un peu plus ( dans sa médiocrité) on se rendait compte que l'opacité gagnait, que quelque chose d'étranger survenait, quelque chose "d'insensé". Un moment je comprenais quelque chose, que nous n'avions pas bougé, personne, mais que le propre du cinéma Américain est d'abolir la salle de cinéma, ( ou le film), c'est-à-dire d'inventer un spectateur, de créer un ou du, relief, au fond,
mars 24, 2005 in Spectre 01 | Permalink