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25/03/2005

V, ( brouillon)

- Le dernier film de Judith Cahen, me disais-je sur le retour, est complètement raté, c'est pas très important et je ne devrais même pas en parler pensais-je, il y avait juste qu'il était totalement déplaisant, dans les rires qu'il suscitait et par rapport à Nebrada, car enfin, elle en parlait comme d'une bête curieuse, comme d'une bête de foire. Elle prenait tout le monde à parti il me semblait, elle demandait l'avis d'un tas de personnes, elle suscitait l'effroi, du moins c'était son projet, ( que son arrivée fût un évènement), ceux qu'elle interrogeait n'étaient que la caricature presque d'eux-mêmes, elle mettait les rires de son côté, à leurs dépends, et à ses dépend à lui. Surtout rien d'important ne se disait, rien n'était sérieusement pensé, juste du dégoût, ( plutôt, ils s'en foutent), surtout, elle en sortait indemne, ( alors que la moindre des choses aurait été quelle expérimente un tant soit peu la douleur physique, puisqu'elle disait ressentir sa souffrance morale), le film c'était comme une prise d'otage, un exercice d'humiliation des protagonistes, rien n'était troublant dans ce film, tout était en surface, verbeux, lointain, et dans de beaux appartements, il y avait bien la séquence avec le père, ( qui tout en étant la seule séquence réussie du film ne servait à rien), ce qui était beau finalement en y repensant un peu, c'était toutes ces conversations futiles autour d'un verre de vin et de quelques gâteaux, je me disais, oui, il faudrait faire un film vraiment futile, des gens qui se rendent chez l'un chez l'autre, il ne se passerait rien d'important, juste des petites choses, acheter du thé, des gâteaux, écouter un disque, faire une promenade, je me disais, au moins son film à esquissé cela, c'était peut-être son vrai sujet, elle y avait pas pensé c'est tout, ou elle avait eu peur, un peu comme si elle n'avait pas voulu venir les mains vides. Son modèle inconscient était le "Caro Diaro" de Moretti, dans cette sorte de rapport entre un trou noir et le monde, sinon les autres, dans ce parcours et va et viens, Moretti faisait un film universel, Judith Cahen se moquait de ses amis, et révélait aussi le vide de son existence, elle avait beau chercher, il n'y avait rien, (un peu comme le film de Brakhage, celui-ci filmant une autopsie, Cahen se filmant dans chaque miroirs croisés), je me disais, c'est épuisant pour elle, elle ne se repose jamais, on la voit toujours marcher à grandes enjambées, le sac au dos, elle marche, elle marche, elle s'agite et au bout il n'y a rien, le vide, aucun repos, on pouvait dire aussi, Judith Cahen parle pour ne rien dire, elle passe sa vie à parler pour ne rien dire, ( ses auto-citations sont terriblement révélatrices pour ça), on pouvait dire aussi, la personne manquante au film n'était pas David Nebreda mais Ariesle Dombasle, mais qu'il eusse fallu qu'elle fût cinéaste pour s'en rendre compte. Je me disais aussi, son problème à Judith Cahen, et à des tas d'autres cinéastes, c'est qu'elle va jamais au cinéma, elle n'a aucune réflexion dessus, elle l'utilise pour discourir, elle ne l'envisage pas, c'est un cinéma de position sociale, d'ailleurs on ne devrait pas parler de cinéma pour ce genre de films, mais de communication, ( rajout)... Le plus déplaisant dans son film était l'utilisation abusive qu'elle faisait des corps d'enfants morts et Africains, elle n'osait montrer ceux d'Auschwitz, elle montrait ceux des Africains, et elle pensait s'en tirer à bon compte, comme un cheveux sur la soupe Guy Debord était cité, elle avait voulu faire un film révolutionnaire, elle avait fait un film de rombière, je me disais, voilà le cinéma que la bourgeoisie nous promet, et qu'on nous somme d'applaudir, voilà le seul cinéma qu'ils sont capable de nous proposer, je me disais, au moins les Américains sont capables de mettre en scène leur manque d'être, les français eux ne s'en aperçoivent pas, qu'ils n'existent pas, ils citent Sollers et s'en émoustillent, ( ce qui est tout-de-même terrible d'aller chercher quelqu'un d'aussi insignifiant que lui, c'est dire quand même le degré de bêtise du film), et je me disais, quand même faire un film sur un type, pour ne monter que les réactions horrifiés, c'est tout-de-même étrange, je me disais, c'est drôle, un moment un type lui conseille d'utiliser Nebreda, elle a l'air pas d'accord, mais c'est pourtant ce qu'elle fait, non ? Je me disais,au fond, les films fait par les amis du Figaro ressemblent à ça, des gens interrogés dans de beaux appartements, un sourire en coin, des certitudes, une sorte de cinéma légitimiste, ( mais surtout misérable), je me disais, ça serait bien qu'un jour elle se fasse mal, Judith Cahen, juste qu'elle se coince le doigt, juste se piquer avec son stylo, ( il ne pourra jamais je crois lui arriver rien de pire dans sa vie), je me disais, il y a des cinéastes voyageuses, et il y a celles qu'on voit beaucoup marcher, d'appartements en appartements, ( de coupes de champagne en coupes de champagne, puisque c'est tout-de-même ce qu'ils boivent dans le film et pas du vulgaire vin), ( au fond, la marche dans son cinéma, c'était pour faire illusion), je me disais, on a eu Ella Maillart et Annemarie Scharzenbach, on a maintenant Judith Cahen, ( les unes allaient en Asie, Judith Cahen, elle, prend un ascenseur, au pire elle prend l'escalier, au pire elle porte une boite de gâteaux), je me disais, oui, citer Guy Debord lorsque même les ministres raffarinniens le citent, oui, c'est vachement révolutionnaire, ( ou lorsque raffarin se dit lui-même révolutionnaire), je me disais, en parlant de cinéastes voyageuses, merde, mais que deviens Franssou Prenant, ( , et )? Et est-ce qu'on peut dire d'elle qu'elle est une cinéaste voyageuse, ou est-ce qu'elle filme juste de façon grandiose ses déplacements? Je me disais, finalement Judith Cahen a fait un film de mère au foyer...

- "ADN", de Judith Cahen.

- ( Il est bien entendu que j'ai aimé ses précédents films, ce qui m'autorise à ne pas aimer celui-là, les crevures n'ayant pas aimé ces films n'étant autorisés à rien)...


 

mars 25, 2005 in Spectre 01 | Permalink