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31/10/2005
V, ( brouillon),
- Il y a quelque chose de beau me disais-je, d'arriver comme vierge face à un film, (et pour une raison précise et paradoxale qu'on n'en attend plus rien déjà), j'avais pensé assez vite, "ce sera une histoire d'échelle", à un moment je me suis dit que la première image était celle du feu, (le feu de camp),qu'avant non, lorsque le train est passé, (tout de suite après qu'il se fût déchaussé), j'ai pensé, "ses plans, c'est soit trop tôt, soit trop tard", même lorsqu'il filmait des objets, une bouteille par exemple, c'était aussi trop tôt ou trop tard, même les choses immobiles... Lorsqu'il était dans la voiture, et qu'il téléphonait à sa mère, j'ai pensé aussi que c'était aussi soit trop près, soit pas assez. Mais cela dit, avais-je pensé, j'aime bien l'idée qu'il soit sans chaussures, qu'il prenne le car sans chaussures, et qu'il retourne chez sa mère; j'ai pensé, "j'aurai du assister à l'enterrement de Daniel ce week-end, (samedi), j'aurai du photographier son urne aussi, je me suis dit, je suis passé à côté de beaucoup de choses aussi, et des gens, c'est un peu triste", le type du film c'était ça, essayer de rattraper quelque chose, ou d'attraper pensais-je à l'instant, je me disais, paradoxalement il bouge dans le but de s'arrêter, il bouge parce qu'il veut s'arrêter, son but en bougeant continuellement est de s'arrêter, je me disais, je suis passé complètement à côté de Daniel, je ne l'ai jamais vu, mais j'ai appris, grâce à lui, à quoi ressemblait le bonheur. La séquence où ils cherchaient la tombe du père était très belle, lorsqu'il était dans sa chambre, sa chambre d'enfance que sa mère avait reconstitué, et gardée intacte plus de 30 ans, j'ai pensé, non à la mienne, de chambre d'enfant, mais curieusement à celle de mon père, à une photo que je possède de lui, (de lui assi sur son lit), j'ai pensé qu'une fois ou deux j'avais été pas très loin de sa chambre, et y étais même monté une fois, je m'étais dit, on recherche tous l'enfance de nos parents, pas la notre, la notre ne nous intéresse pas... J'aimais bien l'idée que la nouvelle maison de sa mère soit située tout à côté du casino et du supermarché. Mais, lorsqu'il s'est fait embarqué par les flics, j'ai fermé les yeux, c'était ridicule, (par contre), la séquence où il se faisait raccompagner (chez sa mère) par un flic était très belle, et comment elle l'accueillait, puis il y avait ce dialogue au moment du départ, "ne disparait pas, don't be a stranger> Je t'appelerai"...
- J'ai pensé un moment, ce film c'est comme la problèmatik de renoir, entrer dans l'image, en faire partie, y demeurer, j'avais pensé que Renoir savait et Wenders non...
- La séquence du réveil avec les trois filles, j'ai honte pour lui, (Wenders), la séquence d'avant, les retrouvailles avec son copain d'école ne vaut guère mieux...
- La fille et son urne dans le café, j'ai pensé que c'était ça le cinéma, ce que peut le cinéma, j'ai pensé à nouveau "le cinéma peut tout", "même une séquence un peu ratée peut-être magnifique", et lorsqu'elle le suit c'est encore pareil, c'est magnifique, ratée, d'une certaine façon à côté, presque ou tout-à-fait ridicule, mais d'abord magnifique, essentiellement magnifique...
- La séquence de la fille avec la serveuse, (Doreen)...
- Dans un autre bar, il dit, "un ginger al", Doreen, qui est à côté, et le reconnait, à la voix...
- Elle dit, "Tu as mis du temps", "Où étais-tu", "Je t'ai cherché partout"...
- Un peu après, dans la rue derrière, lorsqu'il dit à son fils, "Je suis ton père", j'ai pensé, "Je suis mon [propre] fils, mon fils est mon père, je ne suis pas le père, je suis du même âge que mon fils"...
- La voiture à l'aube sur le parking, je me suis dit, "C'est le parking de Silent-Hill".
- Un moment, Doreen est assise, à une table, dans le bar, j'ai pensé que ça faiait plus de 30 ans qu'elle était là.
- Une histoire de définition ais-je pensé un peu plus tard, lorsqu'elle était dans la ruelle avec son fils, (c'est à dire, faire le point, trouver le point juste, quelque chose paradoxalement de l'ordre du tremblement), la séquence ridicule où le fils casse tout dans la chambre, et sauvée parce qu'il y revient une seconde fois, qu'il (Wenders) insiste, pendant toute la séquence du divan et du mas je pensais, "oui, une histoire d'échelle, du plus petit au plus grand, du plus grand au plus petit, du père au fils, et vice-versa", à un moment, plus tard je m'étais dit, cette femme, elle est là depuis plus de 30 ans, c'est comme un souvenir qui affleure, (alternative: elle est comme un souvenir qui affleure), j'aimais bien aussi que les rues soient vides, sans fifurants pour faire genre, je m'étais dit, Wenders ne nous fait pas croire que c'est du cinéma, c'est du cinéma justement, plus exactement, il ne nous fait pas croire que c'est pas du cinéma, je veux dire, jouant l'artifice il ne le joue pas, (ou vise-versa), je veux dire il est exact, je me disais, la mélancolie des personnages, de la femme, c'est de ne plus faire partie de l'image, chez renoir on la constuit, ou préserve, (blah blah blah), chez Wenders elle fuit, elle tombe, c'est comme un état de stupéfaction, elle se gèle et tombe, le film de Wenders me disais-je, quoique complètement raté, est un des plus beaux qui soit, c'est inexpliquable...
- Entretien avec Charles Tesson, là...
- Et là, parce que j'aime beaucoup ce post...
octobre 31, 2005 in Spectre 01 | Permalink