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30/11/2007
V, (ah ah),
- Ca vient de là, je le copie aussi ici parce que ça risque de disparaître vite, (même à demi-mots mettre en cause la concubine Isild le Besco et la cinéphilie officielle neu-neue, c'est impardonnable, manquerait plus qu'il dise qu'il n'a pas aimé le navet de la révisionniste Hansen-Love, (concubine aussi)), dire aussi frontalement du mal des crevures cinéphiliques, (même en mettant bien sûr hors de cause la majorité d'entre-eux), (c'est toujours pareil, faut voir ce qu'ils aiment ceux parfois qui osent), (ne pas oublier que Christophe Honoré fût viré des "Cahiers du cinéma" par Toubiana et Jousse et ce sur ordre de Guédiguian pour avoir osé ne pas aimer un de ses navets et un de ceux de Resnais), (ça l'a pas empêché de faire des films encore pires (qu'eux)), bref bref bref, enjoy:
(journal de Turin),
par Eugenio Renzi
ous
finissions hier en annonçant qu’une de nos pistes-clé, quant à
l’interprétation de ce festival, serait le culte de la personnalité.
Reprenons aujourd’hui à partir de trois films (et demi) en ajoutant une
précision : le coupable, c’est le nom. Le premier nom, ou plutôt les
premiers noms de la journée sont ceux d’Enfances.
Double pluriel : enfances de cinéastes célèbres - Orson Welles, Jacques
Tati, Jean Renoir, Alfred Hitchcock, Ingmar Bergman ; réalisées par des
cinéastes infantiles - Yan Le Gal (également scénariste de la totalité
des épisodes), Isild Le Besco, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige,
Ismaël Ferroukhi, Corinne Garfin, Safy Nebbou. Aussi incroyable que
cela puisse paraître, tous les volets du film semblent tournés par une
seule et même main, solidement molle : une mise en scène
socio-démocrate (ce qui pourrait passer pour une considération d’ordre
politique n’est en réalité et avant tout une remarque esthétique) à la
manière d’un Louis Malle très en forme (celui d’Au revoir les enfants,
pour parler clair). L’intérêt du film réside dans l’opération menée
autour du nom. Chaque épisode se conclut par un aphorisme sous lequel,
au bout de quelques secondes, apparaît le nom du cinéaste qui l’a
énoncé. Au-delà de la qualité de ces historiettes, il y a dans ce
procédé quelque chose de profondément erroné. On a la sensation que
tout ce qui vient avant la didascalie finale n’est, en fin de compte,
que le prix payé par le petit cinéaste pour stabiliser une relation,
une relation d’appropriation pour être plus précis, avec le nom d’un
grand cinéaste. Inutile d’ajouter que la spoliation du nom s’opère aux
dépens du spectateur. Ce dernier est comme exclu de la relation entre
cinéastes. Pourtant, il joue un rôle essentiel : c’est grâce à son
exclusion que les « cinéastes infantiles » peuvent signer leurs propres
films avec le nom d’Orson Welles. Le mot fin qui, fut un temps,
sanctionnait le passage de la passivité du spectateur à l’activité du
cinéphile, est remplacé par le nom d’un cinéaste sacré et sur lequel il
n’y a, de toute évidence, rien à dire, aucune discussion possible.
Résultat de cette opération : le spectateur ne peut s’empêcher d’éprouver envers Orson Welles un certain ressentiment. Si c’est devenu ça, le cinéma, ce doit être aussi sa faute. Évidemment Welles n’y est pour rien, et cela aussi parce que le problème, c’est moins le cinéma que la cinéphilie, ou celui d’une certaine cinéphilie qui a fini, comme ici, par devenir cinéma. Depuis combien d’années la critique se limite-t-elle à inscrire l’activité des grands cinéastes ? À dérouler des tapis rouges devant des événements dont le business a décidé ? Depuis combien d’années les écrits sur le cinéma ont-ils perdu l’urgence, la vivacité, la rage de l’amant, pour adopter le mode pédant et amorphe du mari bourgeois ?
Des enfants vieux et neufs
Dans Morceaux de conversations, Godard se souvient de François [Truffaut]. C’est lui, plus que tout autre, qui a contribué à imposer l’idée selon laquelle un film peut-être passé au crible, scène par scène, et à parler de morale de la mise en scène. C’est lui qui a permis de comprendre que la critique pouvait créer un événement plutôt que le subir. Face à la cinéphilie post-post moderne, qui consiste à mettre le nom d’Orson Welles sur les images, Godard cherche à réagir en plaçant sur les images, face à un Dominique Païni amusé et complice, un bonus ou un malus, ou encore un très dialectique bonus-malus. C’est sa façon à lui de revenir à la critique.
Mais c’est le même Godard qui est raillé et atteint par la nouvelle cinéphilie, terrible, classista [1], celle qui déserte les salles obscures pour les cocktails d’inauguration d’expos offerts au dernier étage de Beaubourg. Seul à déambuler au centre de l’une des salles du rez-de-chaussée du centre Pompidou, qui accueille « les petites ruines » de l’exposition même qui aurait dû être celle des « grandes ruines » des débuts du cinéma, il avoue que : « nous avons été accueillis avec froideur ». Étrange victoire, Jean-Luc (que se faire maltraiter par ses propres ennemis). Étrange, mais pas tant que çà pour un vieux loup maoïste tel que lui.
La politique de Louis Skorecki est certes moins tortueuse que celle de Godard. Sa lutte sacro-sainte contre la vulgarité de la post-cinéphilie, cette étrange hétérogenèse des fins qui a frappé l’amour porté à l’auteur en le transformant en adoration de la star, est menée avec une simplicité sereine et stupéfiante. Beaucoup a déjà été dit sur Cinéphiles Trois. Tout le bien possible ne suffirait pas. Mais ce n’est pas un nouveau film. Le Retour des cinéphiles est, nous y faisions allusion hier, une nouvelle version augmentée. Un baiser plus long, un nom plus estropié, une enfance de cinéphiles anonymes. La séduction d’une autre jeunesse, Youth without Youth en V.O.
La scène la plus salutaire, pour qui se trouve à Turin et retombé en enfance après une pompeuse conférence de presse de Wim Wenders ou un film d’Isild Le Besco signé Orson Welles, est celle où l’on voit ce couple (elle voudrait qu’il l’embrasse, il ne pense qu’à Rio Bravo) réciter le dictionnaire des réalisateurs. Des noms, des noms et encore des noms. Déclamés comme ça, simplement. Pour le plaisir. Hawks, Howard - bonus. Techiné, André - Malus. Voilà la cinéphilie partie pour (ne pas) revenir. Celle qui, pour parler comme Godard, était constituée de couples qui pouvaient plus ou moins s’entendre sur Beethoven, mais n’auraient pas survécu à un désaccord sur Fassbinder.
(...),
Traduit de l’italien par Emilie Saada
- Ah oui, en parlant de cinéphilie, il est toujours bon de savoir qui aime qui, donc pour mémoire, là, (il est toujours bon de savoir à qui on ne va jamais pardonner, et qui sont nos ennemis)...
novembre 30, 2007 in Spectre 02, (patakès et amerturme) | Permalink